Thomas Blondel

Un designer sans smartphone

Il y a plus d’un an j’ai pris la décision d’offrir mon iPhone 6S à ma mère et de m’acheter un Nokia 105. Il est temps de faire un bilan.

De nos jours, se priver de smartphone est un acte plutôt inédit. Je ne connais personne dans mon entourage, personnel et professionnel, qui a fait ce choix. D’ailleurs, si on se concentre sur le domaine de la téléphonie, la tendance n’est clairement pas à la décroissance. Chaque année de nouveaux produits apparaissent et entre temps leur OS évolue, plusieurs fois. Ces téléphones sont de plus en plus puissants et offrent des services toujours plus poussés… ou plutôt créent des besoins toujours plus inédits.

Sérieusement, qui pensait pouvoir discuter via des photos qu’on ne peut voir que quelques secondes ?

C’est donc une décision qui n’a pas été simple à prendre. Même en ayant eu une utilisation plutôt modérée, les applications présentes sur mon écran m’étaient très utiles et je voyais difficilement comment je pouvais m’en passer. Trouver mon chemin dans une ville que je ne connais pas, acheter un billet de train à la dernière minute, partager les bêtises de mon chien à ma femme, etc.

L’autre blocage au changement venait de mon métier. Je suis digital designer, c’est-à-dire que je conçois des interfaces de produits digitaux, qu’ils soient destinés à être utilisés sur un ordinateur, une tablette, un smartphone ou même une montre connectée. C’est pourquoi un designer sans smartphone… ça peut surprendre.

Alors pourquoi avoir fait ce choix ? Comment j’en suis arrivé là ?

Voici ma petite histoire.

Mes principales raisons

La raison première qui m’a conduit à me débarrasser de cet iPhone est celle de l’attention.

Encore une fois, les smartphones sont très addictifs. Ce n’est pas pour rien si le terme « nomophobie » a été nommé mot de l’année 2018 pour le Cambridge Dictionary. Pour la majorité des détenteurs d’un tel outil, la journée est jalonnée d’interactions en tout genre : au réveil pour découvrir les nouvelles notifications, dans les transports pour lire l’actualité, au boulot pour écouter de la musique, pendant les repas pour regarder une série, au coucher pour discuter avec son entourage (liste non-exhaustive bien sûr).

Tous ces moments mangent beaucoup de temps, quasiment 3h par jour pour les plus jeunes, et occupent donc chaque jour un peu plus l’esprit. C’est pour cela que l’on observe généralement chez les personnes les plus « connectées » une baisse de la concentration et des difficultés à trouver le sommeil, entre autres. Pour en savoir plus sur les conséquences d’une utilisation abusive, je vous invite à lire cet article.

Alors pourquoi changer son comportement ? Quand on ne voit que les côtés positifs, aveuglé-e-s par les likes et autres récompenses.

Même si il faut se l’avouer : 2 ami-e-s assis-e-s autour d’une table, les yeux rivés sur leur smartphone… c’est triste.

La deuxième raison est celle de l’écologie.

Réussir à tenir une journée sans recharger son smartphone est mission impossible (ce qui a d’ailleurs provoqué la prolifération des batteries externes). Mais au delà de l’énergie consommée par la recharge, il y a aussi et surtout l’énergie consommée par les serveurs qui sont sollicités lors de l’utilisation de toutes ces applications. Internet n’est pas un monde virtuel, il s’inscrit bel et bien dans le monde réel et il a un coût. Par exemple, à l’échelle du monde, Internet c’est deux fois l’empreinte de la France. Sans oublier la catastrophe environnementale, et sociale au passage, que provoque sa production…

En bref, la fabrication et l’utilisation d’un smartphone participe directement et de manière non-négligeable à la dégradation de la planète et du vivant.

La troisième raison est celle de la vie privé.

Je ne dévoile aucun secret en écrivant que quasiment tout ce que l’on fait sur internet est enregistré d’une manière ou d’une autre pour être utilisé d’une manière ou d’une autre. Informations personnelles, coordonnées géographique, habitudes d’achats et de divertissement… tout y passe.

Mon cheminement

Avant de sauter dans le grand bain, j’ai eu une courte période de transition.

J’ai transformé mon iPhone en « smartphone garanti sans distraction ». Jake Knapp l’explique très bien dans son article « Six Years With a Distraction-Free iPhone« . Concrètement, j’ai désinstallé la plupart des applications, coupé toutes les notifications (sauf celles pour les SMS et les appels) et passé mon écran en noir et blanc. Ces astuces fonctionnent plutôt bien, à condition de vouloir vraiment passer moins de temps sur son smartphone.

Malgré ces efforts, je me surprenais encore à vérifier de temps à autres les quelques applications qui avaient survécus.

Lorsque mon fils est né, je me suis rapidement vu vivre son évolution par procuration, à travers l’écran de mon smartphone. Mon album se remplissait chaque jour d’une dizaine de photos et de vidéos que je partageais instantanément à toute la famille. J’avais tendance à vouloir obtenir la photo parfaite par tout les moyens quitte à passer à côté du moment.

J’ai pris la décision de me débarrasser définitivement de cet iPhone lorsque mon fils a commencé à s’y intéresser, et à vouloir jouer avec.

Bilan

Le bilan est plus que positif ! Le point le plus important à mes yeux est le fait que je vis pleinement chaque instant, ceux avec mes ami-e-s, ma famille, mon chien, ma femme et surtout mon fils.

À côté de ça, et pour ne citer que quelques exemples, je m’endors et me réveille sans écran, je profite de la vue de la campagne quand je me promène, je suis plus organisé pour mes activités, je profite de mes pauses pour méditer et il m’arrive même de m’ennuyer à nouveau. Des choses simples mais tellement importantes.

Dernier effet positif : je me suis offert un appareil argentique et l’argent que j’économise en ayant baissé mon forfait mobile me permet de développer mes photos.

Merci d’avoir pris le temps de lire cette note. N’hésitez pas à le commenter, à me contacter et à le partager.

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